POLICE ET JUSTICE

Le guet, le pilori, le gibet

Un système judiciaire qui s’appuie sur la prison, le pilori, les châtiments corporels et le gibet.


Exécution en présence de Philippe Auguste (Philippe II), extraite des ''Chroniques de Saint - Denis'', par Jean Fouquet, Gibet de Montfaucon (en arrière - plan)

Chaque soir, on fermait les portes des villes, on abaissait les herses. Il était interdit, l’obscurité venue, de circuler en groupe dans les rues. A Paris, la nuit appartenait au chevalier et aux sergents du guet, ‘’gai, gai, dessus le quai’’, comme dit encore la chanson. Voilà pour le principe. Mais comme la nuit tous les chats sont gris, et les sergents mal éclairés, on transgressait avec ardeur l’interdiction. Et parfois on rossait le guet. Bagarres, agressions, viols, meurtres et autres règlements de comptes profitaient de l’obscurité. A Dijon, exemple cité par Jacques Rossiaud (1), ville apparemment calme, on relève, entre 1430 et 1480, une vingtaine de viols collectifs par an, ‘’commis pas des groupes qui, de nuit, forçaient une maison, terrorisaient les voisins, entraînaient une victime insultée et battue et la violaient à loisir….’’ Cela nous rappelle quelque chose, bien que nous ne soyons plus au Moyen Age.
Au sortir des tavernes, les esprits échauffés échangeaient insultes et coups. Ou imaginaient d’ ‘’énaurmes’’ farces, spécialités des écoliers- on appelait ainsi les étudiants de l’Université de Paris. Comme cette fameuse affaire du ‘’Pet du diable’’ qui fit s’esclaffer les Parisiens. Une bande d’écoliers folâtres – où figurait sans doute François Villon – s’empara de cette grosse pierre faisant office de borne, qui ornait, si l’on ose dire, l’hôtel de Bruyères, propriété d’une ‘’dame patronnesse’’, demeure située entre la place de Grève et l’église Saint Gervais (c'est-à-dire, aujourd’hui, rue Lobau, derrière l’hôtel – de – ville.
Le ‘’Pet’’, nuitamment, passa de la Rive droite à la Rive gauche pour s’installer – en attendant d’autres aventures – au flanc de la montagne Sainte Geneviève, pas bien loin de notre actuel Collège de France,
Au milieu du XIIIème siècle, Paris crée, souligne Jacques Le Goff (1), ‘’un système de police qui met au premier plan le principe de l’enquête, où la poursuite du crime devient une obligation publique’’. Un système qui a des moyens. La prévôté de Paris dispose en effet d’un corps de police, les sergents des ‘’Onze – Vingts’’ (2), c'est-à-dire 220 hommes en deux compagnes de 110. Et le chevalier du guet, chef du ‘’guet royal’’, a sous ses ordres 20 sergents à cheval et 40 sergents à pied.
Un système qui s’appuie, côté justice, sur la prison, le pilori, les peines corporelles et le gibet :

  • La prison – le cachot plutôt -, d’abord préventive en l’attente du jugement, tend à devenir un lieu d’enfermement où l’on subit sa peine.
  • Le pilori, où le condamné est exposé en place publique, dans un endroit central (au milieu des Halles de Paris).
  • Les châtiments corporels : marquage au fer rouge, fouet, amputation d’un membre ou du nez.
  • Le gibet, dressé la plupart du temps hors la ville, mais dans un endroit bien visible, le long d’une route ou sur une hauteur dominant la cité comme à Rouen, à Périgueux ou, à Paris, le tristement célèbre gibet de Montfaucon (près de la place du Colonel Fabien). Les voleurs étaient punis avec la dernière rigueur, puisque entre 1263 et 1307, sur trente personnes jugées pour vol dans les quartiers de Sainte Geneviève et Saint Germain des Près, vingt deux ont été condamnées à mort. Le gibet était lieu de promenade et, dans son ‘’Epitaphe’’ (la ‘’Ballade des pendus’’), c’est aux curieux que s’adresse Villon (il vient tout juste d’échapper à la corde) :
    ‘’ Vous nous voyez ci attachés cinq, six,
    Quant à la chair que trop nous avons nourrie
    Elle est piéça (depuis longtemps) dévorée et pourrie,
    Et nous, les os, devenons cendre et poudre.’’

1.‘’Histoire de la France médiévale’’, tome II, éditions du Seuil.
2.Cette façon de compter, dite système vicésimal, a laissé deux traces dans le français d’aujourd’hui : quatre – vingt et quatre – vingt – dix, sans compter l’hôpital des quinze – vingts, crée par Saint Louis pour 300 aveugles.

 

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