JEUX ET DISTRACTIONS

Au Moyen – Age, les jeux sont en grand faveur.
C’est une occasion de se réunir, de rire, parfois de se disputer. A l’ombre du château, dans les villages ou même dans les villes, la vie peut en effet paraître bien monotone… Les festivités officielles sont l’opportunité de se réunir pour de passionnantes distractions.

Plus de 100 jours de fêtes dans l’année !

Des douzaines d’anniversaires de Saints, en plus des grandes fêtes traditionnelles, étaient fêtées comme jours fériés. L’université de Paris en observait 102 par année. Lors de certaines fêtes, le monde était à ‘’l’envers’’ et les serviteurs donnaient les ordres. A certaines occasions, c’est le ‘’charivari’’. Chacun s’empare d’un instrument de musique, ou d’objets divers, pour faire le plus de bruit possible.


illustration du roman de Fauvel

Un marché avait souvent lieu lors d’un jour férié. Marchands ambulants et colporteurs s’installent sur la place, apportant des nouvelles des autres villes. Ces moments sont propices aux jeux interdits par l’église, jeux d’argents et de paris comme les dés, souvent pratiqués en cachette dans les tavernes.

Dans ces fêtes ou au château des nobles seigneurs, les jongleurs, ménestrels et conteurs sont très appréciés. Ils font des acrobaties, montrent des animaux savants. Des poètes, appelés trouvères dans nos régions, récitent en s’accompagnant de musique, qui est inséparable de la poésie.

CARNAVAL
La fin de l’hiver n’est pas triste dans le Nord !

De Dunkerque à Trélon, en passant par Douai ou Arras, la région s’enflamme avec exubérance : c’est carnaval ! Théoriquement, le carnaval, dont le nom signifie peut-être ‘’supprimer la viande’’ (carne levare), annonce la période du Carême durant laquelle l’Eglise impose aux fidèles, entre autres choses, de s’abstenir de manger de la viande. Il convient donc, avant d’entrer en Carême, de se réjouir une dernière fois de façon démonstrative avant les longs jours d’abstinence, lors de manifestations que les autorités ecclésiastiques étaient bien contraintes d’accepter. Le carnaval prend place, dans le calendrier liturgique, une quarantaine de jours avant Pâques, à la date du Mardi Gras. Mais les habitants du Nord ne se sont visiblement pas satisfaits d’une période de bombance et de fêtes aussi courte et le carnaval s’est étalé, dès le Moyen Age, de janvier à mars. Son point culminant demeure ce pendant Mardi Gras et les jours le précédant immédiatement. Le carnaval possède une autre symbolique, bien plus ancienne mais sans doute bien plus significative pour les participants ; célébrer la fin de l’hiver et le renouveau printanier. Au cours de cette période de transition, chacun peut changer de visage et de rôle, l’anonymat du masque favorisant les attitudes débridées. Cette période de ‘’désordre’’ où tous les tabous sont levés, où les fantasmes et les angoisses peuvent s’exprimer librement, vise justement au retour de l’ordre et à la prise de conscience de sa nécessité. Ainsi, dans de nombreuses villes du Nord, comme par exemple à Trélon, le carnaval se clôture par la mise à mort d’un mannequin, roi de la fête mais aussi bouc émissaire, chargé de libérer la communauté de tous ses maux et de ses vices, par le feu purificateur du bûcher. De nombreuses autres traditions locales sont venues enrichir la symbolique des carnavals du Nord. Au célèbre carnaval de Dunkerque, qui culmine le dimanche avant le Mardi Gras, ce sont le géant Reuze, personnage semi - légendaire érigé en protecteur de la ville, et le corsaire Jean Bart qui tiennent la vedette. Les pêcheurs, qui représentaient plus de 10% des habitants de la ville au XVIIIe siècle, ont, d’autre part, donné un caractère tout à fait typique à la célébration en conjuguant les rites particuliers du carnaval à leurs propres festivités (la foye en flamand), marquant leur long départ pour la pêche à la morue en Islande. La fanfare du Mardi Gras comprend donc le chahut de la bande des pêcheurs, travestie ou déguisée en hommes sauvages. Vers 17 heures, le défilé se clôture enfin par un lancer de harengs, gage de prospérité, du haut du balcon de l’hôtel de ville par les autorités municipales. Le dimanche et le Mardi Gras, l’atmosphère est encore plus ouvertement pantagruélique à Bailleul, où le géant emblématique du carnaval n’est autre, depuis 1855, que Gargantua en personne, né un jour de Mardi Gras. Ouverte en janvier, la période des carnavals du Nord s’étire jusqu’au lundi de Pâques, depuis que la ville de Cassel a déplacé, en 1902, la date de sa manifestation.


La bataille de Carnaval (protestants) et de Carême (catholiques) - 1559 - Kunsthistorisches Muséum de Vienne - BRUEGHEL

Les jeux d’extérieur

La paume de pratique dès le XIIIe siècle et tire son nom du creux de la main qui sert à lancer la balle. On utilise plus tard la raquette.
Le jeu de boule correspond à notre jeu actuel où l’on essaie de les faire rouler le plus près possible d’un piquet planté dans la terre.
Dans les pays méditerranéens, on pratique des jeux avec une boule de cuir, comme la soule à la crosse, qui est à l’origine du golf.
Le jeu le plus apprécié est la choule, ancêtre du football.

Au plaisir du jeu souvent brutal s’ajoute le sentiment de l’honneur entre villages ou quartiers, si bien que la partie se termine parfois en bagarre généralisée. D’autres jeux nous apparaissent barbares, comme celui consistant à lancer une faucille sur un mouton ! ou encore les hommes, les yeux bandés et armés d’un bâton, essaient d’atteindre une oie ou un porc et souvent se frappent entre eux dans ce combat à l’aveuglette.

Si la chasse est une nécessité pour l’alimentation et la protection contre les bêtes sauvages, c’est aussi une passion pour les seigneurs, qui en font leur plaisir favori. Les nobles chassent ‘’à courre’’ avec des chiens élevés dans le chenil du château, ou au faucon, divertissement raffiné auquel participent les dames.


Le départ pour la chasse au faucon. Miniature tirée du "De Arte venandi cum avibus" de Frédéric II de Hofenstaufen. BN, Paris.

Les secrets de la chasse au faucon

France, vers 1250
L’art de la fauconnerie des Arabes est enfin révélé par le traité de Maomin que l’on vient de traduire en français. Les Arabes avaient déjà appris aux Croisés l’usage de chaperon qui, en aveuglant l’oiseau, l’empêche de se sauver, et celui du leurre, morceau de viande qui fait revenir le rapace sur le poing et le récompense de son retour. Mais les Occidentaux avaient encore beaucoup à apprendre dans la pratique de cette chasse dans laquelle Arabes et Persans sont passés maîtres. Comme en Orient, la fauconnerie est une activité distinguée et noble, appréciée des chevaliers. La charge de grand fauconnier du roi est d’ailleurs très recherchée.


Les jeux d’intérieurs

Les jeux de société les plus courants sont les tables, sortes de jeux de dames, mais surtout les échecs, importés en Europe par le biais des arabes. Les pièces n’ont pas la même forme qu’actuellement : la vierge représente la dame ; deux rocs, les tours et deux chevaliers, les cavaliers. L’échiquier évoque aux nobles seigneurs un champ de bataille sur lequel ils poussent leurs gens d’armes. Mais l’astuce remplace la force physique.

Pour les enfants, les jeux les plus répandus sont la toupie et les osselets. Le jeu de ‘’colin-maillard’’ trouve son origine dans l’histoire du chevalier Colin, aveuglé pendant le siège de Liège : il continuait cependant à se battre avec son maillet. Il en est resté le jeu du ‘’colin au maillet’’, ou ‘’colin-maillard’’.


La fabrication des dés. Enluminure extraite du ‘’Livre des jeux’’ d’Aphonse le Sage. XIIIième siècle. Bibliothèque royale de l’Escurial, Madrid.

Louis IX et les jeux d’argent.

De retour de croisade, Louis IX interdit les jeux d’argent

Paris, 1254
On ne jouera plus aux dé dans les tavernes. C’est du moins ce qu’a décidé Louis IX. Rentré de croisade, il s’est juré de faire le bien ici-bas. Pour cela, il entreprend de moraliser la société ; l’interdiction des jeux de dés est un des éléments de sa politique. Le jeu, il est vrai, est cause de bien des maux et fait fureur dans les tavernes. On y joue, tout en buvant et mangeant des harengs, ces poissons salés qui portent à la boisson. Au milieu des vapeurs d’alcool, l’acharnement au jeu et les dissensions fréquentes ont vite fait de créer dans la salle une atmosphère tendue. Les querelles ne manquent pas, entre buveurs ou avec le tavernier au moment de régler la note. Parfois, de violentes disputes provoquent des drames et font des victimes. Certains taverniers savent d’autorité faire rendre gorge au débiteur insolvable ou, à défaut d’argent, Mais bien des taverniers n’ont pas ce tempérament et ont le plus grand mal à rentabiliser leur commerce. Leurs dettes s’accumulent auprès des marchands de vin en gros. Ces derniers, ne faisant donc pas leurs affaires, ralentissent leurs achats de vin. Les producteurs de vin eux-mêmes souffrent de ce jeu que Louis IX aura cependant bien du mal à éliminer.

Le théâtre

Il est extrêmement populaire, et se développe sous formes de ’’miracle’’ et ‘’mystère’’, représentations théâtrales issues des grandes histoires de la religion. Les fidèles assistent d’abord dans l’église à des ‘’scènes’’ en latin. Aux XII / XIIIe siècles, la langue vulgaire, le français, est adoptée. Le spectacle est beaucoup plus élaboré. Le scénario comprend toujours la reconstitution de plusieurs lieux et plusieurs scènes. Il faut raconter en un seul spectacle toute la vie d’un saint ou celle de l’humanité, d’Adam et Eve jusqu’au jugement dernier. La vie de Jésus Christ reste le thème essentiel. Les représentations se font sur le parvis de l’église, avec les bâtiments en décor naturel. Une machinerie complexe permet des ‘’effets spéciaux’’ spectaculaires : des anges s’envolent et des navires flottent……

Un élément important est à souligner où la connaissance de l’écriture et de la lecture n’étant l’apanage que de quelques érudits, de la noblesse et du clergé. Le théâtre devient alors, entre les mains d’une seule castre, un formidable moyen de communication et de formation destiné à éduquer le peuple sous le couvert du divertissement.


‘’Comédiens exécutant pantomimes et danses’’. Heures de Thérouanne. XIIIième siècle. Bibliothèque nationale, Paris.

La satire sociale est très applaudie

Arras, 1262
Le public populaire a beaucoup applaudi. Et pour cause, puisque c’est la bonne société qui était visée dans la pièce. Dans son jeu de la feuillée, Adam de La Halle brocarde en effet avec allégresse la haute et moyenne bourgeoisie locale. Pour mieux faire passer ses critiques, il n’a pas hésité à se tourner lui-même en ridicule. La foule en liesse venue assister à ce spectacle en plein air a fait bon accueil à cette farce satirique. Elle a apprécié notamment le décor de feuillage où se dressait la table des fées et la toile de fond coulissée qui représentait la roue de la Fortune.

   

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